Pour l’Honneur du ZEP

C’est dommage, j’avais postulé à l’Ena, la Sorbonne, Yale, Oxford, Jakarta, Pondichéry, Miami, Oulanbator, Moscou ; car je parle couramment 12 langues. Mais finalement, après délibération du jury : je pars en Zep. D’après la newsletter du rectorat, ce serait plutôt mon cursus de Bac +28 qui m’a desservi ; 60 diplômes, Premier prix du Conservatoire de gong, champion de lutte, 25ème dan de judo, Shaolin.

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Alors encore optimiste, je me disais qu’après rien du tout ; la Zep c’était pas si mal.

J’avais trop besoin d’argent pour refuser de toute façon. Et bizarrement, le salaire des profs de Zep était 12 fois supérieur au salaire des profs d’Universités, pourtant prestigieuses. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais quand vous connaîtrez la suite, je trouve que je m’en suis pas si mal tiré…

Le premier jour, j’étais venu avec ma voiture, une renault 9 que j’avais rachetée à un migrant Ouzbek.

À peine arrivé à la Zep, des crises de fou rire jaillirent jusqu’à mes oreilles malgré les fenêtres fermées de ma caisse baroque. Blaise Anfry de Ronceveaux, le chef de classe entouré d’une nuée de groupies en string garait son coupé Mercos Cl 6.3 Amg bleu mat le long du mur tagué.

J’eus le tort d’effleurer maladroitement le spoiler en reculant.

— Enc-lé ! T’as osé toucher ma voiture ???

— Heuh… c’est que mes freins sont défaillants et je suis myope, et comme j’ai pas les sous pour acheter des lunettes, je vois rien.

— Aouè !! Regarde, tu as rayé la peinture et tu vas payer ! Je vais te mettre la bouche dans mon pot d’échappement ! Après, je vais faire ronfler le V12 à fond et tu vas exploser, ha ha ha !

D’un naturel obéissant j’allais obtempérer quand soudain Waou, la directrice du collège arriva en courant, je fus étonné qu’elle ressemblât trait pour trait à Naomi Campbell en plus jeune ; d’une beauté incroyable, la cheftaine faisait la loi.

— Allons Blaise sois gentil, laisse le monsieur tranquille on a besoin de lui, et puis, il est assuré, cette rayure sera remboursée par… mais au fait, où tu vois une rayure ??

— Euh, tiens c’est vrai, y a pas de rayure, mais c’est pas une raison, il doit PAYER !!!

— Blaise ne commence pas à faire le pénible et va t’asseoir au fond de la classe !

— Bon ça va Waou, c’est bien par ce que c’est toi.

Blaise Anfry de Ronceveaux était le fils d’une famille de méchants chrétiens catholiques remontant aux croisades, qui apprenaient le catéchisme aux enfants des migrants défavorisés. Il avait fait fortune à 15 ans en volant et revendant aux élèves des valises de drogues dures ramenées du Vatican par un cousin du Pape avec qui sa mère forniquait en cachette.

À la Zep, les horribles catho-intégristes avaient pris le pouvoir sur les bons musulmans, grâce au profit colossal qu’engendrait la vente de drogue que Blaise Anfry de Roncevaux importait désormais directement par containers entiers.

Ces fanatiques du petit Jésus rackettaient les pauvres maghrébins, les frappaient, les torturaient et même ; les obligeaient à prier à genoux et en français. Parfois ils les forçaient à ramper sur des tessons de bouteilles pour qu’ils souffrent encore plus. Ils leur racontaient perfidement que la souffrance sur terre est la condition sine qua non pour accéder à un monde meilleur, pas les ceintures d’explosif.

Le petit Amède était leur souffre douleur préféré, tandis que celui ci avait tout compris des lumières, pratiquait la laïcité, la fraternité avec tous les élèves ; les autres le malmenaient en l’obligeant à répéter des prières stupides. Les cathos lui faisaient apprendre par coeur l’intégrale des livres de la comtesse de Ségur.

Amède acceptait son sort avec abnégation et courage, priant la Sainte République et le petit Gadlu que la Lumière éclairât leur esprit obtus :

— Sainte Marianne, acceptez mon humble prière afin que ces hérétiques fanatiques finissent par comprendre qu’après la mort il n’y a rien ! Que nous sommes tous ici pour travailler à la construction de l’Empire Éternel, construire, jour après jour & dans la joie un merveilleux Nouvel Ordre Mondial. Nous devons accepter nos sorts indignes ; payer nos factures, honorer le Président Hollande et son vertueux dauphin monsieur Valls dont la mansuétude proverbiale nous sauvera des terroristes islamiques.

À ce moment là, Jean Baptiste, une brute catho-intégriste arriva, sauta à la gorge d’Amède et l’obligea à laper le sol en hurlant :

— lèche le parterre, sale étranger à peau cuivrée !

— Oui monsieur Jean Baptiste ; mmmh, c’est bon le goudron, on dirait que cette année il a meilleur goût que l’année passée, slurp !

–- Ta gueule et demande pardon !

–- Pardon ! Pitié monsieur Jean !

— Tu m’as ramené ce que je t’ai demandé, chien ?

— Oui, j’ai volé les bijoux en or de ma mère cette nuit, les voilà !

— Fais voir, c’est quoi ces merdes ? C’est du toc !

— C’est que nous sommes pauvres, les allocations ont baissé et ma pauvre mère a déjà mis au clou les meubles, la télé, les lits, enfin y reste plus rien…

— Ouè, si j’en tire 3 euros c’est le max, et le shit ?

— Ça j’en ai monsieur Jean et du bon, il vient direct du plateau du Hogar.

Pendant ce temps j’entrai timidement dans ma nouvelle classe. Les musulmans étaient assis harmonieusement, se recueillant studieusement en attendant l’illumination Scolaire, qu’ils savaient imminente dès qu’ils m’aperçurent ;

— Bonjour Monsieur le professeur, nous sommes bien contents de découvrir votre visage avenant, nous serons gentils tout plein, apprendrons nos leçons et ferons bien nos devoirs…

Dirent tous ensembles ces vertueux élèves.

Étonné d’un pareil accueil, ému, j’allais répondre quand je reçus un pavé au milieu du front, lancé méchamment par Blaise Anfry de Ronceveaux. Je m’écroulai au pied de l’estrade. Blaise et sa bande arrivèrent sur moi et me dépouillèrent ; habits, portefeuille, chaussures usagées, téléphone, ils se partagèrent le butin et me laissèrent en slip. La directrice entra à ce moment là pour me souhaiter la bienvenue.

— Qu’est ce que vous faites dans cette tenue ? Vous êtes fou ???

À moitié assommé, j’eus du mal à articuler une réponse, je ne me souvenais même pas des 5 dernières minutes…

— Euh, je ne sais pas, je crois que je me suis évanoui, je ne me souviens de rien…

Reconnaissant la veste de l’instit sur Blaise et connaissant l’enfant turbulent, elle sortit son Taser :

— Viens ici et vite !

— Oui mdam.

Waou électrocuta Blaise ; il tomba à la renverse, sur le dos ; remuant frénétiquement ses membres comme un crabe à l’envers. Waou le releva à coups de pied.

— Et maintenant va t’asseoir et ferme là

–- Ces cathos sont infernaux, dit Waou… Surtout les Bac Pro Technique : ils n’ont pas choisi de venir ici et se vengent, c’est leur religion qui veut ça ; ce sont des calamités catholiques. Heureusement que les musulmans, les kurdes, les chiites et les gadlucéens restent calmes.

Baptisé au pavé, dépouillé, je commençais à me demander si j’avais bien fait de venir…

Le soir même, ma voiture ayant été carbonisée pendant que je vaquais à instruire les Bac Pro Technique, je rentrais à pied, 12 kilomètres.

La deuxième journée commença mal.

2

Blaise Anfry de Ronceveaux m’attendais derrière la porte avec une hache, je n’eus pas le temps d’esquiver le coup, il me trancha le bras gauche au niveau du coude.

Les méchants catho-tradi s’enfuirent avec le moignon sanguinolent et le donnèrent à Blékoss, le teckel du concierge de l’établissement qui se régala. Je fus recousu l’après midi même, comme je n’avais plus de voiture, mon bras gauche ne me servait finalement pas à grand-chose, réalisais-je pendant la nuit.

Le troisième jour fut plus calme. Blékoss irrupta dans ma classe en remuant la queue avec mon cubitus entre les crocs ; le joli teckel du concierge avait si bien dévoré mon avant bras que l’os était blanc comme un linge. Ayant sûrement remarqué l’odeur identique du gigot et la mienne, le molosse allongé semblait encore attendre de moi quelque bon morceau de viande fraîche.

Nonobstant, le gentil Amède m’aidait comme il pouvait à ramasser les copies humidifiées d’excrément que les élèves joueurs s’amusaient à maculer par cruauté envers moi.

Ce n’est que l’après midi que les graves ennuis commencèrent ; Blaise après avoir sniffé 12 rails de coke, décida de m’initier à la ‘dope’, sous la menace d’une arme il m’obligea à avaler un cocktail de crack, d’amphétamines et de cannabis synthétique. Une heure après, dans un état second, je voyais les élèves tourner autour de moi comme les indiens des westerns des années 50. J’hallucinai, je voyais plein de couleurs vives et des plumes qui n’existaient pas.

C’est là que l’inspecteur d’académie entra :

— Pourquoi n’avez vous pas de bras gauche, hein ??

Me dit-il, l’air narquois.

Il savait très bien que le bizutage en Zep comporte l’ablation obligatoire du bras gauche des professeurs dès le premier jour de la rentrée, mais voulait connaître, vraisemblablement par sadisme les détails de mon amputation. L’épisode du chien qui recevait traditionnellement son gigot humain le jour de la rentrée le fit bien rire, il ouvrait la bouche largement, reprenant son souffle pour se plier de rire plus facilement.

Puis, il me fit une remarque qui me glaça le sang :

— maintenant que vous êtes diminué physiquement, votre salaire sera raccourci également, c’est bien fait !

— Mais, ce n’est pas de ma faute…

— Taisez vous, vous avez provoqué ce qui vous est arrivé, vous méritez une punition ; à genoux ordure !

Dit-il.

Son ton péremptoire m’incita à m’exécuter. Je m’agenouillai devant lui, implorant sa mansuétude d’un regard suppliant. L’inspecteur cruel sortit alors un sabre de samouraï de sous sa veste et me dit ;

— Ici, nous avons l’habitude de couper les oreilles des manchots car c’est plus joli !

Croyant qu’il parlait de pingouins, oiseaux sans ailes proches des manchots, je ne compris pas tout de suite l’allusion. Puis, regardant autour de moi et ne voyant aucun animal de la sorte, apercevant aussi le  cruel rictus qui déformait la lèvre inférieure de Blaise Anfry de Roncevaux, je captai l’information d’un seul coup ; le manchot c’était moi ! Et puis de toute façon, les manchots et les pingouins des banquises  n’ont jamais eu d’oreilles.

Je m’attendais au pire, mais après tout, le respect que j’avais de l’Autorité sous toutes ses coutures me faisait accepter n’importe quoi, du moment que c’était un Supérieur qui me l’infligeait. Dès ma naissance, ma docilité naturelle fit que je me fondis d’un seul homme dans le moule prévu pour moi par d’autres. J’étais même fier de collaborer à l’extrême avec ce Système que j’admirais tant. J’aimais aussi abuser de mon autorité avec mes subordonnés, les harceler, frapper les élèves petits et faibles, humilier les sous doués, ah oui, j’étais une authentique ordure.

J’avançais la tête en la tenant bien droite pour que l’inspecteur ne me rate pas. S’il me punissait, c’est que je l’avais mérité.

Il souleva son sabre aiguisé comme un rasoir, prononça des paroles bizarres et me trancha net les oreilles, le sang coulait par saccades au sol sale.

— Vous ne pouvez pas faire attention, crétin ! Allez immédiatement chercher une serpillière et un fer à repasser !

Je partis en courant de peur d’une punition supplémentaire, je percevais encore des sons, mais sans les pavillons cartilagineux, ils étaient déformés, faibles et sourds. Une serpillière d’accord, mais que faire d’un fer à repasser pensais-je, tout en égrenant une piste goutteuse sanglante sur le sol noirâtre de la cour de récréation.

L’économe ne s’étonna pas plus que ça de mon état et me donna les accessoires réclamés par l’inspecteur intransigeant. Je revins au galop vers mon bourreau. Mes oreilles étaient déjà emportées par des fourmis.

Rien ne se perd me dis-je.

— Ah vous avez fait vite, donnez moi le fer !

Intrigué, je le regardai en chien de faïence un peu apeuré, il brancha le fer dans la prise.

–- Je vais vous cautériser à chaud pour éviter que vous salissiez votre classe, allongez vous sur le bureau, vite !

Je m’exécutai.

Il posa le fer sur les plaies qui sifflèrent en dégageant une fumée âcre et déplaisante, guéri, je me relevai et le remerciai de tant de sollicitude.

— Pour aujourd’hui ça suffit, je reviendrai demain, prévoyez un accompagnateur pour vous ramener chez vous.

Jour 4.

J’avais mal dormi sans mes oreilles et j’amenais avec moi un cousin pour me ramener chez moi le soir, comme me l’avait demandé l’inspecteur. Il m’attendait, vautré sur un rocking chair que les gentils musulmans faisaient osciller pour le bercer tendrement. Un verre de whisky à la main, il me regarda d’un œil inquisiteur :

— Vous avez mal dormi j’espère ?

— Oui, je ne suis pas encore habitué à ma tête sans mes oreilles, mais j’ai remarqué que je gagne 2 km/heure en vélo dans les descentes grâce à un meilleur aérodynamisme.

L’adorable Amède m’avait offert un vtt qu’il avait habilement subtilisé à un abruti qui l’avait laissé sans antivol pour acheter le pain. Bien que manchot, j’arrivais encore, au prix d’un effort intense à pédaler correctement.

L’inspecteur me dit :

— Voilà, nous avons constaté suite à une étude scientifique du rectorat que les professeurs désertent souvent leur classes en plein cours. C’est très dangereux de laisser seuls les bac pro techniques, ils aiment jouer, sont très inventifs et audacieux. Nous n’avons pas le droit de les contrarier, en aucune manière. Mais depuis la libération des kalashs et malgré l’achat massif des célèbres gilets pare-balle Stay Alive Charlie® pour l’ensemble des élèves et du personnel, les pertes en vies humaines ont été trop importantes l’an dernier…

— Ah ?

— Oui, et suite à des expériences menées sur la recherche entre le temps perdu et gagné sur la durée de vie moyenne des professeurs, nous avons remarqué que ; lorsqu’ils s’enfuient de leur classe, ils ont des accidents graves, oublient de regarder en traversant et se font écraser comme des limaces sur l’autoroute. Il faut les remplacer, les assurances se plaignent également d’avoir à donner des sommes folles aux conjoints survivants solitarisés*

*rendus solitaires

— c’est normal, les pauvres gens, vous vous rendez compte ?

— Oui, alors pour vous empêcher de vous échapper stupidement de votre classe et laisser ainsi les bambins à l’abandon, nous allons vous couper les 2 jambes.

— Oh !

— Oui, une fois cul de jatte et attaché sur votre chaise, vous ne pourrez plus vous échapper, et aussi esquiver les projectiles participatifs des élèves, ça les énerve de manquer leur cible, et après ils se battent entre eux, générant des traces de coups, des hématomes que la police remarque immédiatement quand les parents se plaignent, et ça finit par des procès coûteux et interminables…

— Je comprends, il est d’ailleurs logique que nous sacrifiions un peu de motricité pour sauver des vies, là est la beauté de notre Sacerdoce, élever ces jeunes âmes connes à la satisfaction immédiate de leurs désirs les plus vils, ainsi que la Bible du Nom nous enseigne d’enseigner.

— J’ai apporté une tronçonneuse électrique, nous allons procéder, le plus simple est de vous pendre par les pieds pour limiter l’hémorragie, juste le temps du découpage, nous vous laisserons quand même quinze centimètres de cuisse.

Blaise et tous les cathos applaudirent ; ravis à l’idée de me voir amputé. Tandis que les laïcs et les musulmans pleuraient à chaudes larmes, attristés de savoir que leur cher professeur allait finir cul de jatte.

Blaise Anfry de Ronceveaux proposa son aide pour me maintenir fermement, tandis que l’inspecteur me mutilerait définitivement.

J’étais fier et enthousiasmé à l’idée de découvrir cet état physique immobiliste qui me ferait apprécier d’autant plus la proximité attentive de vifs élèves aux aguets.

L’opération fut rapide, j’eus les jambes sectionnées proprement. Malgré mes hurlements de douleur, Blaise me maintenait ferme tandis que l’inspecteur me découpait les membres inférieurs à la tronçonneuse.

Compatissante, la couturière de l’établissement recousit très vite mes moignons avec des aiguilles à tricoter. Mes jambes furent envoyées en colissimo aux femen qui les dispersèrent dans les cimetières et les églises. Béatrice Dalle qui passait par là se découpa un énorme bifteck qu’elle avala tout cru.

L’inspecteur et Blaise Anfry de Ronceveaux me portèrent en suite jusqu’à une chaise percée qu’on avait amenée dans la classe. À partir de là, mes horaires allaient changer, c’était nettement moins fatigant qu’avant, plus besoin de marcher, de me lever.

Amède s’occupait de toute la logistique à ma place, me nourrissait à la petite cuillère ; c’était le bonheur. Le seul inconvénient était les projectiles de plus en plus gros que les élèves apportaient pour s’amuser gentiment avec moi, mais je sentais poindre une nouvelle motivation chez eux.

Ils cherchaient studieusement quel objet contondant ils pourraient bien dénicher pour me l’envoyer à la figure, et ramenaient, fiers et désintéressés leur trouvailles ; bouts de fer, cailloux tranchants, casseroles usagées, boules de pétanques dépareillées, que leur parents complices leur offraient gentiment.

Enfin ils s’intéressaient aux cours !

Pas forcément au contenu bien sûr, mais à ma personne en tout cas, même les cathos habituellement si dissipés. Amède ramassait les projectiles une fois lancés, et les redistribuait aux élèves jusqu’à ce qu’ils soient fatigués de me viser.

Le problème fut qu’hélas et rapidement, ni moi ni personne ne me reconnaissait plus. J’avais le visage si gonflé que je ressemblait un peu à éléphant man, les gens, surtout les femmes hurlaient en me voyant. La police m’arrêta 12 fois pour exhibitionnisme, puis, lassés de voir ma figure, les bleus me laissèrent enfin tranquille.

Mon état se stabilisa et j’appris à marcher avec mes jambes de 15 cms, c’était lent mais le plaisir d’arriver à me déplacer de nouveau bien que gauchement effaçait effort et souffrance. Je remerciai du fond du coeur l’Education Nationale pour son incroyable inventivité, j’envoyai un mail d’amour à Najat à l’Eau Moisie, courriel qui resta hélas sans réponse.

Je travaillais ainsi jusqu’à 77 ans, l’âge de la retraite ayant été repoussé à cause de la paresse des anciens. L’état avait décidé de nous faire payer les congés payés insensés que touchaient impunément les profs de naguère. Ensuite, je devins web-troll sur plein de blogs, où j’aimais déformer la réalité et contredire les abrutis anti-système. J’avais élaboré une collaboration si maligne que personne ne l’aperçut, je défendais en apparence les idées que j’exécrais, mais y mettait une telle exagération que je ridiculisais ainsi la cause en question.

Mais très vite, je m’ennuyai tellement de mes élèves que je préférai me jeter sous un Tgv. Ma femme fut satisfaite de se séparer d’un tel boulet, refusa de payer mon enterrement et me fit jeter à la fosse commune.

D’où je vous parle, je suis mort en réalité.

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