Picasso : Massacre en Corée

Ce tableau de Picasso est étonnant à plus d’un titre. Outre l’engagement évident de Pablo Picasso à cette époque pour les idées maoïstes. D’un point de vue purement analytique d’abord, cette toile est une interprétation cubiste du tableau de goya  »Tres de Mayo », tableau également mis au goût du jour par Manet plus tard. Le tableau original de Goya montrait déjà parfaitement l’horreur d’une exécution de  »résistants » réduits à l’impuissance, assassinés de sang froid par des hommes armés, mercenaires, mêmes  »officiels », de toute armée qui se respecte et dûment rétribués pour cela.

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Picasso applique ici sa manière, son prisme créatif particulier. Il décale la réalité en reconstruisant ou plutôt en déconstruisant graphiquement cette évocation morbide; le massacre  »gratuit » d’êtres humains, au seul titre de leur appartenance au clan des plus faibles. Les personnages de gauche ; les victimes, sont peints de façon presque réaliste, déshabillés, nus. Pour accentuer la dramaturgie, la femme et son enfant, les plus proches des fusils des soldats, sont les seuls à posséder un regard  »humain ».

À contrario, les soldats sont devenus des sortes de robots. Casqués, mécaniques, déshumanisés, sinon inhumains. La déstructuration des formes et des objets chère à Picasso est appliquée aux fusils, aux membres des soldats robotisés tels des constructions Mecano. À l’extrême droite, une sorte de guerrier antique symbolise l’état d’esprit dément du soldat aux ordres, qui brandissant son épée dans un geste fou, envoie un signal horrible; ordonne la mort d’innocents. Paroxysme de la soumission, folie meurtrière qui conduit & qui  »guide », tout homme capable d’en tuer un autre, ceci quelles qu’en soient les raisons.

Avec un décalage temporel dû à ses armes anciennes, l’absurdité de la guerre et de la violence est synthétisée par la deuxième épée de ce même personnage. Epée disloquée, sans pointe, devenue ridicule et définissant ainsi l’inutilité de la violence.

Comme pour parachever cette absurdité, un bébé, complètement indifférent à la situation dramatique, semble jouer avec des vertèbres, sortes d’osselets morbides, bouts de squelettes humains, devenus jouets de circonstances. 

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